Père René DANET

C'est à Corossol que je suis né le 12 novembre 1932. Mon père, Louis Théodore DANET, le Capitaine
DANET comme tous aimaient l'appeler, a marqué une pléiade de marins qu'il a formés et enrôlés sur ses
bateaux…Lui et ses compagnons de la mer ont été à l'origine de la Saint Louis qui est devenue au cours
des ans et des compétences la fête remarquable dont les corossoliens sont fiers.
Clémencia BERNIER, ma mère, était fille d'un marin pêcheur vivant au bord de la plage de corossol.
Femme remarquable qui tenait la barre au foyer pendant les longues absences de son époux, maman devait
faire face aux obligations d'une mère de famille de 9 enfants. Malgré les difficultés et les
sacrifices auxquels il fallait consentir, mes parents ont voulu donner à leurs enfants la possibilité
de poursuivre des études. C'est ainsi que, après l'enseignement primaire passé à Colombier, à l'école
publique puis privée, je quittai l'île dès l'obtention du Certificat d'Etude. C'est en Martinique, au
séminaire collège de Fort-de-France que j'ai commencé mes études secondaires ; j'y suis resté de la 6e
à la 3e, ayant déjà au coeur un appel pressant pour la vie religieuse et missionnaire. Je partis donc
continuer mes études secondaires en France, au Petit Séminaire des Missions d'Allex, dans la Drôme.
Admis ensuite au Noviciat des Pères du Saint Esprit, à Cellule dans le Puy de Dôme, j'y ai fait ma
première profession en Septembre 1954. Ensuite de 1954 à 1956,dans le cadre du Grand séminaire
préparant à la prêtrise, je fis les études de Philosophie à Mortain (Manche) puis de 1956 à 1959 les
études de Théologie à Chevilly-Larue, au Séminaire spiritain, haut-lieu missionnaire encore
aujourd'hui. C'est là que je fus ordonné Prêtre le 4 Octobre 1959 dans la Congrégation du St Esprit.
Je me souviens avec émotion de mon retour, jeune prêtre, dans mon île natale. L'accueil chaleureux des
Saints Barth et les manifestations religieuses qui marquèrent ce retour ancrèrent en moi une fidélité
dans la prière envers tous mes frères et soeurs de Saint Barth.
Après une dernière année de théologie(1959-1960) et un bref séjour à Rome (1960-1961), j'ai été
affecté pour la Mission à Dakar ou je suis arrivé en Mai 1961. Mon premier "hivernage" (juin -
octobre) en terre d'Afrique fut occupé à l'apprentissage du "Sérère", une des langues du Sénégal, et
de la découverte de la société Sénégalaise. Le 2 novembre 1961 j'ai rejoint mon premier poste officiel
au Sénégal: la mission de Palmarin . Palmarin est un village de pêcheurs sur la côte-ouest ; j'y ai
retrouvé un peu du Corossol avec la mer, les sorties en barques et parfois, aux rares heures de
loisirs, la pêche…Comment ne pas penser aux quelques petits coups de pêches aux colas ou grand-gueules
dans l'Ouest du Pain-de-sucre que j'avais pu faire à Corossol avec mes frères Octave et Marcel et
parfois Dolor. Mais l'essentiel de ma présence était avant tout d'être « pêcheur d'hommes » selon
l'Evangile ! A Palmarin, en tant que vicaire, je fus chargé des écoles primaires, de la catéchèse, des
mouvements des jeunes… L'éloignement des villes et de tout centre plus développé nous amenait à faire
face aux taches matérielles les plus diverses : il fallait toucher à tous les métiers...pour
construire, réparer et entretenir…Les compétences venaient avec l'urgence des nécessités du moment !!!
Une mission n'est jamais un seul lieu : de Palmarin nous avions, le Père Gross (curé) et moi, à
desservir un autre village, « Mar Lodj », situé sur le fleuve Saloum à quelques bonnes heures de
Palmarin : pour s'y rendre il fallait marcher 3/4 d'heure dans les marigots avant de trouver une
pirogue pour nous y conduire. Le reste du chemin se faisait à la rame, et quelques fois à la voile
selon les caprices du vent. Le surlendemain, il fallait revenir sous le soleil de midi, marée oblige !
C'était épuisant à vivre au moins une fois par mois ou lors d'évènements importants : fêtes, mariages
, décès ... A cette période de ma vie, j'ai vraiment compris comment, à travers tous les évènements de
mon enfance à Corossol, mon environnement familial et le milieu si caractéristique de notre village,
le Seigneur Dieu m'avait préparé à ma future mission…Ma solidarité, bien que discrète, avec les gens
du quartier de Corossol, s'en est trouvée renforcée au fil des ans, et les messes de la Saint-Louis
lors de mes congés me confortaient aussi dans mon engagement missionnaire. A Palmarin , les années ont
passé: 6 ans comme vicaire du Père GROSS , puis 10 ans comme curé de Palmarin, devenue au fil du temps
une mission importante…Ma joie de pasteur dans cette première mission fut de connaître le premier
baptisé du lieu et de tous ces adultes conduits jour après jour dans la foi au Christ Jésus. Joie
aussi de voir poindre les vocations à la relève sacerdotale, comme fruit de l'évangélisation. En
mission, le "sur place" n'est pas de mise : il faut avancer, aller plus loin. En 1977 une autre
expérience m'est offerte : la vie en brousse, en milieu animiste, chez les gens de religion
traditionnelle, attirés vers la religion chrétienne…Le temps est venu aussi de lancer les nouvelles
communautés inspirées du Concile Vatican II . Ce sera la mission de Diohine au centre de Sénégal, pays
du soleil et de la steppe : Pendant 10 ans, il m'a été donné de vivre là une expérience heureuse et
enrichissante, complémentaire de Palmarin. En 1987, après 26 ans de ministère actif, en brousse, le
temps est venu de faire une pause, de prendre le temps de souffler physiquement, de se renouveler
spirituellement et intellectuellement : ce sera alors l'année dite de « recyclage », en France en
1987-88.
Retour de pêche à Corossol avec mon père
En Octobre 1988, de retour au sénégal, je rejoins l'équipe paroissiale de Thiadiaye, dont un des père
est malade, pour aider et continuer le travail des communautés à former. C'est là, qu'en novembre
1993, un terrible accident vient me barrer la route, je me retrouve rapatrié en France avec la rotule
en morceaux et le calcaneum fracturé. Par la grâce de Dieu , et au bout d'un an de rééducation, je
retrouve l'usage de ma jambe : je peux donc repartir à Thiadiaye …et bientôt me revoilà au volant
d'une voiture sur la route même de mon accident …OUI Dieu est grand et bon !!! La vie continue, les
évènements se succèdent…La mission évolue au rythme des changements du monde et de l'Eglise…De
nouvelles exigences sollicitent les missionnaires : le temps est venu de laisser la paroisse de
Thiadiaye au clergé seculier… En 1995 je suis affecté à la paroisse de St Christophe, près de
l'aéroport de Yoff à Dakar pour une nouvelle expérience très enrichissante en ville… Mais les
mutations s'accélèrent et, avec le poids des ans, les forces s'usent; il faut prévoir de laisser la
place aux jeunes. D'entente avec mes supérieurs, je décide de rentrer en France pour continuer la
mission sous une forme nouvelle et dès septembre 2003 j'ai la joie de partager la vie communautaire de
plusieurs confrères déjà connus en mission…
C'est à Auteuil, dans le XVIe arrondissement de Paris que je participe avec mes frères spiritains au
ministère de présence sacerdotale à la « Chapelle de Sainte Thérèse », lieu de prière et de
pèlerinage, premier sanctuaire en France dédié à la Sainte de Lisieux. Cette chapelle fait corps avec
l'Oeuvre des Orphelins Apprentis d'Auteuil. Aujourd'hui c'est un centre important de formation humaine
et professionnelle de plus de 7000 jeunes en situation difficile. Très humble à l'origine, la
fondation fut confiée à la congrégation du Saint Esprit. Son premier directeur, le Père Brottier,
ancien du Senegal, béatifié en 1984, lui donna un élan qui en fit très vite un lieu éducatif et
spirituel, sous le patronage de Sainte Thérèse de Lisieux qui, de son vivant, avait prié pour cette
oeuvre. Ma nouvelle communauté s'inscrit dans ce cadre, certains confrères plus directement affectés à
un service d'éducation et d'accompagnement spirituel des élèves, d'autres, dont je fais partie, au
service du culte de la chapelle ouvert au public parisien et aux groupes de pèlerins. Mon ministère
participe du service de la Liturgie, de l' accueil des personnes pour l'écoute ou les confessions, du
contact avec les bienfaiteurs de la Fondation auxquels il faut répondre à leur courrier, et bien
entendu d'un engagement dans la prière personnelle et communautaire pour vivre efficacement cette
insertion dans le quotidien de nos frères et soeurs dans la Foi.
Il n'est pas facile de résumer en quelques lignes plus de 42 ans de vie missionnaire…Mais ce dont je
puis témoigner aujourd'hui, c'est que je n'ai jamais regretté d'avoir répondu à l'appel du Christ et
de m'être mis au service de l'Evangile… L'Amour et la Fidélité de Dieu ne m'ont jamais manqué.

compteur gratuit